L’éducation au XVIIIème siècle, partie 1: le baptême, les premiers moments de vie et les soins maternels

Comme mentionné ici, vous êtes-vous jamais demandé ce que vos ancêtres pouvaient bien faire sans profession bien définie entre deux actes d’état civil, à savoir entre leur naissance et leur mariage ? Et bien comme je n’arrêtais pas de me poser la question je me suis renseigné et j’ai aujourd’hui le plaisir de vous faire partager certaines de mes trouvailles :)

Aux vues de mes lectures de ces dernières semaines, il semblerait que la vie de nos ancêtres avant le mariage pouvait se diviser comme suit:

  • Partie 1: Le baptême, les premiers moments de vie et les soins maternels (0-2 ans)
  • Partie 2: La jeunesse (2-7 ans)
  • Partie 3: L’adolescence  (7-14 ans)
  • Partie 4: Les études supérieures (14 ans et plus)

Le baptême, les premiers moments de vie et les soins maternels

Période importante s’il en est, car la plus meurtrière pour l’enfant. En gros si vous surviviez à ça vous pouviez probablement survivre à tout le reste.

Le baptême

Comme chacun le sait bien, un bébé n’a pas d’âme avant d’être baptisé. Un enfant mort-né ou mort juste après la naissance mais sans avoir été baptisé n’était pas considéré comme chrétien et voit donc son corps inhumé en dehors de la terre consacrée (avec la honte que ça suppose pour les parents) et son âme privée du ciel et condamnée à errer éternellement dans les limbes. Pas top.

Croyez-le ou non, cette croyance, aussi tordue soit-elle, a peut-être coûté la vie à certains de vos ancêtres. En effet, histoire d’éviter tous les problèmes cités ci-dessus, on « adaptait » la pratique du baptême à la croyance afin que l’enfant soit baptisé le plus rapidement possible. Le sujet était même tellement sérieux que le concile de Trente s’est penché sur la question dès 1547 et a jugé que l’enfant devait être baptisé « quamprimum« , à savoir « dès que possible ».

Du coup les curés, ne voulant sans doute pas se fâcher avec leur hiérarchie, ont imposé des stratagèmes variés adaptés à la situation:

  • Si l’enfant est en danger de mort à la naissance, le devoir de la famille était de le faire baptiser séance tenante. Le sacrement est alors réduit à l’essentiel: un peu d’eau bénite sur une partie du corps qui dépasse alors que l’enfant est encore engagé dans le ventre de sa mère, une petite formule consacrée du type: « je te baptise au nom du père, du fils et du Saint-Esprit« , et le tour était joué. Si l’enfant survivait malgré tout, il fallait le conduire à l’église sans tarder afin de procéder à la « vraie » cérémonie et pour que ses parrains et marraines puissent lui donner un prénom.
  • Si on n’est pas sur que l’enfant est vivant à la naissance, on adaptait la formule consacrée. Comme on n’avait pas le droit de baptiser une « chose » morte, la formule avait été adaptée et commençait par: « si tu es vivant, je te baptise…« . Si par malchance l’enfant naissait mort, il restait toujours la solution d’emmener le cadavre au sanctuaire de la Vierge le plus proche pour lui accorder « le répit ». On imagine parfaitement que les parents n’avaient que ça à faire dans une situation pareille…
  • Si l’enfant naît en bonne santé, le baptême doit être effectué le jour même, éventuellement le lendemain et très exceptionnellement le surlendemain. Une déclaration royale de 1698 impose même des normes plus précises que la décision du concile de Trente et donne un délai de vingt-quatre heures maximum pour baptiser l’enfant, ce qui laisse un peu de temps à l’accoucheuse et aux voisines de s’occuper de la mère et de l’enfant si besoin. Sympa.

A noter que si l’enfant naît en bonne santé il faut le faire baptiser à l’église. La mère, souvent en mauvais état et ne pouvant pas s’en charger, c’était à la matrone d’y aller. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, ou que le monde soit en train de s’écrouler. On peut penser qu’un enfant de quelques heures qui chope un gros rhume, ça peut mal finir.

Les premiers moments de vie

Les premiers moments de vie semblaient tout aussi rock n’ roll que l’accouchement en lui même. En plus de penser à filer une âme au bébé le plus vite possible, quelqu’un devait se charger d’enterrer le cordon ombilical et le placenta (on supposera dans le jardin) afin de passer ensuite à la première toilette de l’enfant. Toilette qui pouvait le tuer.

La première toilette s’effectuait soit avec du vin chaud et un peu de beurre frais non salé (ils faisaient comment les Bretons?), soit avec de l’eau chaude additionnée d’eau de vie. Selon son Abrégé de l’art des accouchements (1773), Mme Du Coudray affirme que c’est pour « ôter l’ordure qui s’y rencontre assez souvent [NDLR: sur la tête] et ne point le présenter pour recevoir le baptême dans un état dégoûtant ». Afin de le sécher et de le « préserver des maléfices », on pouvait ensuite passer l’enfant dans le feu (!!!). Bienvenue dans ce monde cruel.

Après la première toilette s’effectuait le façonnage de la tête et du corps. Ma technique préférée, à laquelle on fait déjà référence dans ce post. On pensait alors que l’enfant n’était qu’une « cire molle » que l’on pouvait « pétrir à son gré » afin de « réparer les défauts de la nature ». Une vraie démonstration d’amour maternel.

S’il n’avait pas encore été baptisé, on laissait l’enfant propre et bien « façonné » dans un coin de la pièce pendant des heures sans lui donner à boire autre chose qu’un peu d’eau et du miel. On ne l’embrasse pas, on ne le touche plus et sa mère n’a pas le droit de l’allaiter. N’oublions pas qu’il est encore impur et sans âme. Logique.

Les soins maternels

En supposant que vous ayez survécu à votre baptême et à vos premières heures, vous aviez peut-être une chance de voir votre mère commencer à s’occuper de vous. Pour le meilleur, et parfois pour le pire…

Je voudrais tout d’abord vous parler de la momification l’emmaillotement. Cette pratique avait un double but: terminer le « façonnage » du corps de l’enfant et s’assurer qu’il se tienne tranquille. Pour se faire, on enfermait l’enfant dans un linge très serré de la tête aux pieds, opération qui prenait pas mal de temps et qu’on ne voulait pas recommencer plus d’une à deux fois par jour. Cela vous donne une idée de la fréquence à laquelle on changeait les enfants qui avaient fait leurs besoins. Mais bon, l’hygiène c’est assez accessoire après tout, et l’urine, alors souvent utilisée comme remède traditionnel, ne pouvait pas être si nocive que ça.

En parlant de l’hygiène, la saleté était plutôt considérée comme bénéfique. Du coup on lavait très peu la tête des nouveau-nés, la crasse étant considérée comme un engrais fertilisant, et on laissait aussi toujours trainer quelques poux pour qu’ils « mangent le mauvais sang »…

Ces pratiques de l’emmaillotement et de mauvaise hygiène commenceront à être très vivement condamnés vers le milieu du XVIIIème siècle, avec des auteurs comme Rousseau qui dénonceront ces méthodes barbares. Merci Jean-Jacques.

Il n’y a qu’au niveau de l’allaitement que l’on retrouve des pratiques communes à celles de nos jours, avec des femmes qui étaient plutôt pour et d’autres qui soit ne pouvaient pas, soit étaient plutôt contre.  Au bout de quelques semaines d’allaitement, l’enfant passait à une nourriture mixte: une sorte de bouillie que l’on donnait à l’enfant en s’en mettant au bout des doigts. Vue que l’hygiène générale n’avait pas l’air d’être la priorité de l’époque, on imagine assez facilement l’état des mains de nos ancêtres. Et les maladies que cela pouvait susciter.

Conclusion

On va juste finir sur une petite statistique: entre 1670 et 1789, près de 30% des enfants mourraient avant l’âge d’un an, contre moins d’1% dans la France d’aujourd’hui. Une statistique qui ne prend évidemment pas en compte ceux qui survivaient à l’expérience  du façonnage mais avec des séquelles irréversibles.

Cela me fait penser… j’entends souvent dire que les choses « étaient mieux avant ». Personnellement en apprenant tout ça je suis assez content que les choses évoluent quand même un peu de temps en temps. Pas vous ? :)

Source: Histoire de l’enseignement et de l’éducation, tome II (1480-1789), F. Lebrun, M. Venard, J. Quéniart.

2 comments

  1. Bonjour, merci de nous rappeler comme il est bon de vivre au 21ème siècle. A travers la lecture de certains actes du 18ème en particulier, j’avais pu constater que dans la plupart des cas, l’inhumation d’un enfant en nourrice se faisait dans la paroisse des parents nourriciers en présence du père nourricier mais ni le père biologique ni d’autres membres de sa famille n’assistait aux obsèques.. Ce qui m’avait paru assez choquant Je n’avais pas connaissance du livre dont vous avez tiré vos observations, par contre j’ai lu il y a fort longtemps l’Amour en Plus d’Élisabeth Badinter, qui met l’amour maternel dans une perspective historique et apporte un éclairage tout à fait surprenant sur ce sentiment que l’on tient pour acquis. L P

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